Une des raisons de son succès actuel, en particulier auprès d'un public nouveau et des partenaires économiques, vient de sa très nette différence avec le football. Le rugby ne court-il donc pas un danger en l'imitant de plus en plus ?
Jusque-là considéré comme un jeu porteur de valeurs éducatives fortes, ne les oublie-t-il pas depuis qu'il est devenu professionnel ?
Sport de clocher, ancré profondément dans les racines culturelles de chacun des lieux où il est pratiqué, que ce soit au niveau du pays, de la province ou de son village, n'est-il pas en train de se banaliser et de s'appauvrir, bref de perdre sa spécificité, en étant joué d'une façon unique par toutes les équipes professionnelles du monde ?
Reposant essentiellement au plan économique sur les recettes générées par les contrats des chaînes de télévision, le rugby professionnel n'est-il pas à la merci d'un désintérêt futur de ces mêmes chaînes ?
Le rugby professionnel international peut-il demeurer encore longtemps un sport uniquement anglo-saxon, que l'on permet de jouer à de rares non anglos-saxons (France, Argentine) en négligeant des nations dites petites ?
Partagé en deux géographiquement (hémisphères nord et sud), le monde du rugby peut-il traîner longtemps encore cette hérésie qui empêche qu'il y ait un seul et même rugby planétaire ?
Voici quelques-unes des questions que se posent les vieux amoureux de ce sport qui ne le reconnaissent plus tout à fait aujourd’hui. Auteur de deux ouvrages références sur le sujet ("Qu'ont-ils fait de notre rugby ?" paru en 1995 et "Mêlée mélo" qui vient d'être publié aux éditions béarnaises "Cairn") Jean-Paul Rey a été un des principaux chantres du rugby dans les diverses journaux où il a exercé : "Midi Olympique", "L'Equipe", "La Dépêche du Midi", "Var-Matin" et "Attitude Rugby".